Le gueux from the bled m'aime.

Assurément. Même habillée comme la pire des filles à mèche, même lorsque je tiens mon sac Guess comme une chagasse dans les couloirs de la Sorbonne en me la pétant à mort dans mon paletot gris en alpaga du Pérou du Sud, même lorsque j'ai mon air méprisant et mon I-Pod dans la main, The Killers à fond dans les oreilles.

Le gueux from the bled m'alpague.

Honteusement. Même lorsque mon expression signifie clairement "Je t'emmerde, pitié, la fac est l'un des derniers sanctuaires où toi et tes congénères ne me suivez pas, pitiéééééééééé, lâche-moiiiii, laisse-moi admirer ces murs séculaires en me disant qu'ils sont un talisman contre les gens comme toi.". Oui, tout ça, mon expression est un peu salope parfois.

Le gueux from the bled me saoule.

Indéniablement. Même quand j'essaie d'être polie parce que bon... Il n'a pas l'air SI méchant. A première vue.

Extrait de conversation...

-T'es d'où? Du Congo? Lequel? Kinshasa? C'est fou je travaille avec un mec qui vient de là-bas! Et tu fais quoi comme études? J'adore la philosophie, c'est génial de réfléchir au sens de la vie! Moi tu vois je suis là pour installer la Wifi dans l'université, je vois passer beaucoup de filles mais toi... T'es charmante! C'est quoi ton prénom?
-Jessica. (Mytho numéro 1: les vrais comprendront. C'est mon faux prénom spécial gueux depuis tellement longtemps qu'à force cette pauvre Jessica doit bien avoir une cinquantaine de coeurs brisés à son actif, MWA AH AH.)
-Tu veux pas qu'on reste en contact?
-Non, j'ai un copain, c'est juste l'homme de ma vie, ça fait quatre ans qu'on est ensemble et il est très jaloux, ça lui plaira pas que je file mon numéro à un autre. (Petite pensée pour mon cher et tendre: "Pouaaaaah, le jour où je resterai quatre ans avec une nana... Non mais mwa ah ah quoi. Et puis MOI, jaloux? Mais je m'en fous t'es libre quoiiiii, vogue par vents et marées, vois tes ex, j'te fais confiance!". Merci mon chou... Gneee.)
-Mais à moi non plus ça me fait pas plaisir que t'aies pas envie de me donner ton numéro...
-En même temps j'ai un peu envie de te dire que j'en ai rien à foutre, je te connais pas, so...

Et là, alors que je commence à envisager mes différentes options (déclencher une alerte au feu, me jeter par une fenêtre...), la question qui tue...

-Mais, ton copain... C'est un noir ou un blanc?
-Ben il est français... (Oui, il se peut qu'en vivant en France, on soit amenée à rencontrer des français, c'est pas ma faute hein, tu connais pas ma vie d'abord!)
-Quoi??? Sérieux? Je devrais appeler mon pote, il me dit toujours que JAMAIS une de ses soeurs ne sortirait avec un blanc... J'veux dire, t'as vu ce qu'ils nous ont fait subir? On pourra jamais oublier... Et toi tu sors avec l'un d'entre eux... (Cher et tendre si tu me lis, c'est FINI! J'veux dire merde hein, ton arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père au sixième degré a sans doute torturé mes aïeux!!! Et puis tant pis si t'es d'origine allemande et que le Zaïre a été colonisé par les belges, on sait jamais!!! D'ailleurs, j'ai toujours dit que tes cheveux blonds et tes yeux bleus faisaient un peu aryen! Et de toute façon, vu ton nom de famille, t'es un peu un nazi aussi! Raciste, t'as sans doute quelque chose à voir dans la souffrance des noirs!)
-...
(Je réfléchis à une réplique à la hauteur de mon mépris, mais j'ai même pas l'impression qu'il comprendrait...)
-Non parce que tu vois les blancs sont pas sérieux, vous allez rester ensemble quoi, six mois, un an, deux ans, et il te quittera, c'est sûr! Alors que nous au moins on a le sens des valeurs...
-En même temps j'ai 19 ans, j'ai pas forcément envie de me marier, d'avoir dix-huit enfants et de vivre comme une parfaite petite bobonne tout de suite hein...
-Oui mais tu vois, entre nous on est tous frères, on a des choses en commun... Alors qu'avec ton copain... Et puis une aussi belle fille que toi, ça ne doit pas fricoter avec l'ennemi tu sais! T'es bien trop jolie pour que tes frères noirs n'en profitent pas... (Evidemment! C'est sur que j'ai plus de choses en commun avec un électricien crado de quarante ans qui veut m'épouser au bout de dix minutes de discussion qu'avec mon beau chéri étudiant, avec qui je peux passer des heures à enchaîner les blagues débiles ou parler de littérature, de musique, de tout en fait... Et puis effectivement, en tant que noire, je fais partie d'un patrimoine commun à disposition de mes frères, avec qui le courant devrait passer tout de suite, normal, j'avais oublié que la couleur de la peau déterminait toute relation humaine!)

Et c'est à ce moment-là que j'ai cherché dans mon sac une corde pour me pendre. Comme ce moment coïncidait bien heureusement avec l'arrivée de Lauriane, que j'attendais depuis un quart d'heure (tout est de ta faute en fait!), j'en ai profité pour m'en aller bien loin de ce triste personnage...

Qui a failli faire une crise cardiaque en s'apercevant que la copine que j'étais venue rejoindre était elle aussi une sale blanche, blonde qui plus est, avec des origines un peu allemandes aussi...

Mais que font les juges de Nuremberg???

Copie_de_12

Mathilde, qui pense très fort à une citation bien connue d'Einstein: "Deux choses sont infinies : l'univers et la bêtise humaine, en ce qui concerne l'univers, je n'ai pas acquis la certitude absolue."...

Listening:

"Smile like you mean it" et "Read my mind" des Killers (J'aime, j'adore, j'adhère, je crie au génie, je me pâme, je m'extasie, je me transcende, j'hallucine, tout ça tout ça.)

Article inspiré par ma Choupette adorée.