Il y a des moments où je ne suis vraiment pas drôle comme fille.

Des moments où j'abandonne le second degré, le recul et l'ironie que j'affectionne, et où la Mathilde rêveuse, légèrement niaise et prête à croire aux contes de fées ressurgit. Des moments où les petits jeux et les "Suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis." - que je pratique depuis tellement longtemps qu'ils sont presque devenus un art de vivre - me fatiguent. Des moments où j'arrête d'être le stéréotype de la drama queen vingtenaire et sarcastique, qui collectionne les boulets comme d'autres les paires de chaussures (ou les boîtes de conserve, ou les cornes de bouc, j'en sais rien moi, je ne suis pas sectaire) et est la première à en rire avec ses copines autour d'un verre (ou d'un totem Inca ou d'une station Vélib, ne soyez pas fermés d'esprit).

Et je me demande pourquoi tout est si compliqué. Pourquoi il ne se passe pas une semaine sans que l'une ou l'autre de mes amies ne m'appelle, déprimée, pour me raconter la dernière crasse qu'un mec quelconque lui a faite, pas une semaine sans que j'hallucine en se demandant ce qui leur passe par la tête, et pourquoi j'en arrive à considérer un mec qui a fait une jolie déclaration d'amour à une autre de mes amies comme une espèce d'OVNI auquel il faudrait décerner un prix, tant il remonte le niveau global de ses semblables. Pourquoi je commence (déjà) à être blasée.

Dans ces moments-là, il m'arrive de repenser à cette parenthèse, vécue il y a maintenant un an, à cette histoire un peu surréaliste, fugace, que j'ai vécue intensément, en sachant très bien qu'elle ne mènerait à rien. Ce n'était pas ce que je recherchais de toute façon. J'ai toujours su à quoi m'en tenir, et j'ai eu la présence d'esprit de ne pas voir dans cette histoire plus qu'une espèce de folie douce, qui finirait par lasser l'un d'entre nous et ne pouvait raisonnablement pas durer, même s'il y a eu des instants où je me disais "Et si...".

J'avais juste envie d'une part d'irrationnel, juste envie de m'échapper, juste envie d'arrêter d'être la Mathilde que tout le monde connaît, juste envie d'être une autre, qui fait également partie de moi, mais qui ne se manifeste que rarement, parce que tout le monde s'attend à ce que je sois rigolote, joyeuse, enthousiaste, comme une petite fille un peu fofolle. Juste envie de voir ce dont la femme en moi était capable.

Juste envie d'arrêter de me forcer à être raisonnable, et de me laisser porter.

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Je repense à ces mots dans ma boîte mail, plusieurs fois par semaine, tellement jolis qu'ils m'ont souvent prise de court et laissée sans voix, ces mots qui n'appartiennent qu'à nous et m'ont, en un sens, révélée à moi-même. A ces soirs où je rentrais chez moi avec cette grosse chaleur dans le ventre à l'idée de te lire. A cette présence. A toi, qui seras peut-être le seul à comprendre cet article qui t'est destiné, et qui seras sans doute le seul à ne pas l'interpréter de travers en y voyant une quelconque déclaration.

Et lorsque je repense à toi, cette part de rêve et d'absolu que tu m'as apportée me fait sourire, toujours.

Alors j'ai juste envie de te dire merci.

Mathilde, qui n'est décidément pas en mode KIKOU LOL MDR PTDR IN THE CLUB SO FUNNY OF THE SKY ces temps-ci, et qui a envie de vous demander ce que fait la police de la ligne éditoriale.

Listening:

"The little things" de Colbie Caillat, parce que c'est l'une des plus jolies chansons que j'aie entendues depuis longtemps.