Ce qu’il y a de bien lorsqu’on est pathologiquement monomaniaque (les mauvaises langues diraient "détraquée"), c’est que l’espèce de rêverie vaguement mélancolique qui s’ensuit trouve toujours matière à s’exprimer. Que l’on regarde la pluie tomber sur Paris ou que l’on découvre la Californie et son ciel sans nuages à bord d’une Mini Cooper.

Parce que quitte à se dire que les quais de Seine ou l’île St Louis feraient un bien joli background pour une histoire (re)naissante, autant pousser l’art de la pensée stérile jusqu’aux parcs ensoleillés de Sacramento.

On se retrouve donc à passer une journée de vacances devant "Sex & The City", la série qu’on est sans doute la seule nana au monde à n’avoir pas suivie, et qu’on regarde des années après histoire de se sentir true rebelz, fuck la société quoi trop VNR quoi. Saison 2. Carrie vient de se remettre avec Mr Big, et n’ose pas le dire à ses amies, pleinement consciente de faire une erreur. Finalement, elles l’apprennent, lui font la leçon, et Carrie les envoie paître, avant de se jeter un peu plus dans la gueule du loup.

On la trouve conne, cette Carrie. On se dit qu’elle ne sait pas ce qu’elle veut, qu’elle pourrait se raisonner un chouïa et arrêter de faire sa Vitaa. Qu’à ce stade il ne lui reste plus qu’à sortir sa doudoune à col en fausse fourrure et à crier "Je ne l’aime pas comme toiiiiiiii…". Et puis on se dit qu’on ne vaut pas mieux qu’elle, qu’on a déjà agi exactement comme elle, et que, si on se soigne depuis peu, on est à peu près aussi fiable en matière de rehab qu’une certaine Amy W.

Alors on sourit, en se disant qu’on n’a pas de Miranda cynique, ni de Charlotte rêveuse, et encore moins de Samantha mangeuse d’hommes dans son entourage, mais qu’on a une Aïssatou. Une meilleure amie qui nous aime assez pour nous accompagner lorsqu’on décide de jeter notre doudoune de Vitaa symbolique (oui, on en a une, mais l’audience est priée de faire comme si cette révélation subreptice était passée inaperçue), nous tenir les mouchoirs lors des épisodes 1, 2, 76 puis 269 de "Mathilde et L, ce vaste sketch" et comprendre qu’on ait besoin d’elle au point de lui en vouloir pour des conneries, par peur de la perdre.

On se dit aussi qu’on a une Vanessa, qui est certes une vaste pouffiasse sans aucun intérêt, mais qui réalise chaque jour l’exploit de ne pas se suicider quand on lui dit, les larmes aux yeux, des choses aussi profondes que "Tu sais, je l’aime tellement que s’il est heureux, même avec quelqu’un d’autre, ben moi ça me va…", de nous soutenir même quand on la fatigue à force de faire l’idiote et de nous faire rire quand personne d’autre n’en est capable.

On pense aussi à Fred, son alter ego, à Lauriane, qui nous supporte au quotidien avec patience et abnégation, et à toutes les autres personnes qui ont été, sont et seront encore présentes pour nous.

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Et on décide d’écrire un article pourri, larmoyant et plein de sentimentalisme à deux francs sur son blog. On se dit qu’on décevra peut-être les gens qu’on a l’habitude de faire rire, d’autant plus qu’on abandonne un peu son blog ces dernières semaines, mais on se dit aussi qu’on s’en tape et qu’on ne doit rien à personne. On se dit qu’on a bien le droit de la jouer séquence émotion et que Marc Lévy est en nous. On spolie un peu l’audience, mais on n’est pas fiable, la vie c’est la jungle, dans la vie poupey faut se battre pour y arrivey et ne gardey que les vrais.

Aujourd’hui, comme tous les jours depuis bientôt six mois, je me réveille avec un seul prénom en tête.

Et comme tous les jours, je me réveille en me disant que j’ai la chance d’avoir près de moi des amis que je ne mérite pas, certes, mais que j’aime, tout simplement.

Mathilde, en pleine rehab, épisode 289.

Listening :

"Warwick Avenue" de Duffy
"With you" de Chris Brown
"Tie my hands" de Lil Wayne et Robin Thicke