Vendredi soir, 20h. Un soir d'été à Paris. Rien d'anormal.

Je sors du cabinet où je fais mon stage, crevée mais de plutôt bonne humeur. Rien d'anormal.

J'ai des dossiers de M2 à envoyer, et comme d'hab je m'y suis prise au dernier moment. Direction la poste du Louvre avant de rentrer chez moi. Rien d'anormal non plus.

Sauf.

Que par un concours de circonstances particulièrement sadique, je suis:

a) affublée d'un énorme orgelet sous l'oeil gauche qui me donne l'air d'un Quasimodo wannabe. Ces derniers jours, je l'ai caché en portant mes Wayfarer du ghetto achetées 6 euros chez un chinois de Châtelet, le comble du mauvais goût, donc. Mais j'en ai eu marre d'avoir une dégaine de femme battue avec mes lunettes de soleil dans le métro, et il faut avouer que le fait de ne pas voir à deux mètres devant moi - ce qui peut arriver quand vous portez des lunettes sous la pluie - a également joué dans cette épineuse décision. Bref, j'ai décidé d'assumer et de promener ma tête de Double Face dans les rues de Paris.

b) confrontée à l'impossibilité de me maquiller du fait de l'oeil de Quasimodo del Paris susmentionné.

c) en sueur, car j'ai décidé de m'habiller tout en noir, de mettre un trench bien épais et de courir dans tout Paris. Le tout sous 27°.

d) mal sapée, car les fringues noires en question sont moches et trahissent la fille qui s'est levée en retard et a pris les premières fringues compatibles avec une activité sérieuse dans son armoire.

e) totalement désolidarisée des choses douées de vie qui me servent de cheveux. Qui, après avoir connu des mois de magnificence et de "pub pour Schwarzkopf" attitude, ne ressemblent à rien, sont décoiffés, gras et dansent la cucaracha sur ma tête.

e) chargée comme un baudet. Un sac à main de pouffiasse en simili-croco noir qui aurait peut-être suffi à contenir ma panoplie pochettes/portable/I-Pod/bouquins/magazines/trucs inutiles mais absolument nécessaires à mon équilibre mental, si je n'y avais pas ajouté mes dossiers de M2 en souffrance, un livre de droit du travail géant que je ramène chaque jour au cabinet alors qu'ils l'ont déjà, dix balles et un Mars. Et EN PLUS DE CA, un sac plus gros que moi rempli du résultat de ma razzia du jour chez la City et Zara.

e) sur le point d'aller acheter des pâtes chez Mezzo di Pasta, des pâtes carbo pleines de sauce et autres charmants lardons et emmental qui interdisent à toute fille soucieuse de préserver les apparences - et de faire croire au monde qu'elle est toujours belle, soignée et qu'elle sent toujours Alien de Mugler - des choses aussi triviales que parler trop près de quelqu'un d'autre. D'ailleurs, dans ces moments-là, je choisis très soigneusement les personnes présentes à mes côtés, et il est rare que l'un de ces chanceux soit affublé d'un chromosome Y.

Vous l'avez compris, je n'étais pas à mon avantage. J'étais même plutôt dégueu. Même très très dégueu. Dans un moment où normalement, on ne devrait pas sortir de chez soi mais plutôt se terrer dans une grotte telle le Gollum qu'on est.

Mais je sifflotais gaiement dans les couloirs du métro, I-Pod dans les oreilles.

Et là, texto de L.

Mon pote avec qui je refais le monde sur le Champ de Mars, mais aussi - et c'est ça la partie drôle - mon ex.

Le même L que celui avec lequel, trois jours plus tôt, j'ai passé une soirée à arpenter le 7e arrondissement d'un air faussement naturel, genre "Non, je n'ai pas conscience de ma dégaine de Sorbonnarde qui se prend pour Carrie Bradshaw, la la la!". Avec mon béret de parisienne typique savamment penché pour mettre en valeur mes cheveux et mes boucles d'oreilles Swarovski. Mon Darel rose. Ma robe noire Friday's Project achetée à Barcelone, vous savez, celle qui a de charmants petits boutons sur le devant, des manches ballon et un col rond. (Non, vous n'êtes pas sur le blog de la Princesse la plus hype de la blogosphère, mais pour les déçus, je peux éventuellement appeler la police pour leur faire part de mes mésaventures avec le vendeur TROP MECHANT du Tati Barbès du boulevard Rochechouart.)

Le même L, donc, que celui qui m'a trouvée jolie à une époque, m'a embrassée, m'a vue toute nue. A long time ago, certes, mais quand même.

"Dis, c'est pas toi que je viens de voir descendre du métro là?"

Je ne sais pas encore comment réagir face à cette honte incommensurable. Pour l'heure, j'hésite à le tuer pour qu'il ne divulgue jamais le secret de ce triste jour.

La seule chose que je sais en tout cas, c'est que parfois, ma vie est un tel cliché que je me dépasse moi-même.

Mathilde, la fille qui n'avait plus aucune classe ni aucune crédibilité stylistique.

bj_bunny

Listening:

"When love takes over" de David Guetta et Kelly Rowland
"Everyday"
 
de Vetiver
"Daniel" de Bat For Lashes