Ce soir, je vais traîner sur les Champs avec de jeunes décadents. Jusque-là, rien de bien intéressant. Mais il se trouve que les jeunes décadents en question sont mes anciens amis du collège. Depuis deux mois nous enchaînons les soirées "revival", on se croit un peu dans une série américaine.

Sauf que moi je n'ai pas de Brian ex-quarterback vedette du lycée. Et pourtant je voulais un Brian, qui m'aurait snobée pendant toutes nos années de lycée pour finalement tomber amoureux de moi peu avant le bal de promo, bal auquel j'aurais été sa cavalière, et à la suite duquel nous nous serions séparés pour aller à la fac, sans jamais nous remettre de cette terrible rupture. Ensuite j'aurais retrouvé Brian dix ans plus tard, lors d'une réunion d'anciens élèves, nous serions retombés amoureux au premier regard, et ça aurait été drôle.

Au lieu de passer ma soirée à échanger des regards avec Brian, je la passerai à siroter des cocktails avec des personnes qui m'ont connue à l'époque où j'étais une ado LEGEREMENT chiante et ont réussi l'exploit de m'aimer quand même. Et c'est pas plus mal.

Cinq bonnes raisons d'user et d'abuser des réunions d'anciens élèves

1) On peut montrer à tout le monde qu'on est devenue jolie.

Exit les barrettes arc-en-ciel et la coiffure conceptuelle, exit la doudoune blanche estampillée Jennyfer qui descend jusqu'aux genoux et les KAPPA (oui, J'ACCUSE, on a TOUS eu des KAPPA et trouvé que c'était le summum de la basket hype, même vous là-bas, arrêtez de mentir un peu hein). Exit le pantalon-jupe et le treillis rose. EXIT le mascara bleu ou violet, le fard à paupières assorti et le gloss brun-orangé. Mon fait d'arme le plus glorieux? Le rouge à lèvres Water Shine rose glacé, acheté pour copier ma meilleure amie de l'époque, à laquelle il va incroyablement bien. Sauf qu'elle est blonde aux yeux bleus, et moi pas. J'ai donc les lèvres argentées, Terminator est mon ami, je pars aussitôt à la recherche de Sarah Connor.

Quelques années plus tard, je suis une femme et je virevolte gaiement dans une petite robe canon qui me fait des seins énormes et des jambes de folie, choisie spécialement pour l'occasion. Chaussée de mes escarpins, la mèche brushée et les joues blushées, chacune de mes apparitions provoque stupeur et tremblements. Je ne suis pas devenue Monica Bellucci, loin de là, mais je reviens de tellement loin que de toute façon, j'ai toujours l'air canon en comparaison.

Et il en est de même pour les mecs. Quelle fille ne s'est jamais retrouvée face à un ancien thon devenu être de lumière, en se demandant pourquoi, pourquoiiiii elle lui a foutu un râteau lors de la boum de Truc, le laissant seul, condamné à manger des fraises Tagada en broyant du noir?

2) On ressort les vieux dossiers...

"Tu te rappelles quand t'étais tombé amoureux de Machinette et que t'avais passé toute la boum de Bidulette assis sur le trottoir à pleurer en écoutant "Dear Diary" de Britney Spears? MWA AH AH qu'est-ce que c'était drôle!!!" On rit aux larmes en repensant aux histoires d'antan, alors qu'à l'époque elles constituaient de réels bouleversements de l'ordre social de la cour de récré, des drames, que dis-je, des cataclysmes. Oui oui oui!!!

Je me souviens qu'en 3e, j'étais folle d'un mec; il craquait pour la bombe de la classe, qui le lui rendait bien. Résultat: j'ai failli attaquer Bombasse au fer à souder en cours de techno, et quand elle a tenté de venir me parler je lui ai répondu un truc du genre "Grrrrrrrr gneeeeeeeeee connasseeeeeeee je te haiiiiiiiiiiiiiiiis m'approche paaaaaaaaaaaaaaaaaaaas!!!". J'ai organisé une super fête d'anniversaire pour mes 14 ans, et j'ai invité en gros toute la classe sauf elle. Je me suis gaussée pendant des jours en la voyant se ratatiner dès que quelqu'un faisait allusion à ma fête, et encore plus en voyant sa tête d'enterrement la veille de la fête susmentionnée. Oui, j'étais déjà machiavélique.

Et maintenant, je repense à elle avec un sourire ému, je demande de ses nouvelles aux copines qui en ont, et je serais ravie de la revoir. Logique. Surtout si on prend en compte le fait que je me sois ENCORE disputée avec elle à cause d'un mec en seconde.

3) On peut faire semblant de n'être que maturité...

Face à Machinchose qui me demande, l'air très intéressé, "ce que je deviens", je peux prendre un air blasé et répliquer "Ouaiiiiiis tu voiiiiiiiiiis j'suis en 3e année de droit à la Sorbonne-han, et en même temps je suis en L3 de philo tu voiiis... Non ça va c'est pas trop dur je gère carrément quoi...", le tout en secouant la tête d'un air convaincu, genre "Je suis revenue de tout.".

Car après tout, Machinchose n'est pas supposé savoir, contrairement aux amours qui partagent ma vie d'étudiante, que je dors sur ma table en cours, quand je ne suis pas en train de discuter avec mes voisins via Facebook ou MSN (ou l'augmentation de la productivité par la prise de notes sur un ordi portable face à l'émergence de la Wi-Fi dans les salles de la vénérable Sorbonne) ou d'oeuvrer insidieusement pour réussir à manger mes cookies sans que le prof s'en rende compte.

Il n'est pas non plus supposé savoir qu'en tant qu'adepte de la procrastination, je gère, certes, mais en étant au minimum de mes capacités et en me reposant sur mes lauriers (c'est mal). Nooooon. Du coup, je peux lui rétorquer "Et toiii, tu fais quoi maintenant-han?" d'un air supérieur, et ça, c'est trop bon.

4) ... Mais on finit toujours par rajeunir.

On peut boire du Coca dans des gobelets en plastique dans le vieux self où on a passé tant d'années et piquer toutes les parts de galette des Rois en se sentant vachement rebelles.

On peut danser impunément sur les Bratisla Boys ou sur "Soirée disco" de Boris. On peut recommencer à utiliser les surnoms pourris qu'on se donnait à l'époque et se disputer pour savoir si OUI OU NON Pikachu est le plus stylé des Pokémon, d'ailleurs tu te rappelles quand j'avais battu ton Mew de niveau 100 avec mon Tortank de niveau 88, TROP LA HONTE pour toi, AH AH AH! (Riez si vous voulez, mais mon Tortank c'était vraiment une tuerie, BEN OUI.)

5) On a l'impression de ne jamais s'être quittés.

On se souvient de cette adolescence vécue ensemble, des coups de gueule, des fous rires, des béguins, des premiers slows, des premiers râteaux. On se sent bien, sans forcer, et on a l'impression qu'on s'aimera toujours, quoi qu'il arrive. Evidemment, ça ne dure pas, la vraie vie nous rattrape et nous rappelle qu'on a pris des directions différentes, mais ça fait du bien.

Et même si on ne redevient pas forcément proche de tout le monde, il y a toujours dans le lot au moins une personne dont on se dit "Mais comment, COMMENT ai-je pu la perdre de vue pendant toutes ces années?". On se parle, souvent, on se voit, souvent, et les expériences que l'on a vécues, loin de creuser un fossé infranchissable entre nous, nous rapprochent. On se rend compte qu'on a changé, évidemment, et que l'on n'a plus grand chose en commun avec les enfants qui se sont attachés l'un à l'autre des années plus tôt.

Mais on se rend également compte que ces adultes qui viennent de se retrouver vivront encore plein de beaux moments ensemble, et que leur histoire d'amitié passée se conjuguera à présent au futur.

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Stéphane, Delphine et moi...

Steph, mon infin, tu sais quelle partie de cet article te concerne (c'est la dernière, je précise, on sait jamais avec toi, t'es pas très doué). "Beauté chimérique exprimée dans les gestes les plus quotidieeeeeens...", ai-je envie de te chanter, mon petit txtxtx!

Delphine, tu sais que je t'aime, tout simplement, parce que tu es ma plus vieille amie (14 ans qu'on ne se quitte plus, sortons les Celebrations), parce que tu es une valeur sûre, parce que je resterai toujours ta Mathildouuu-Sue Ellen et toi ma Delphinouuu (alias Dédette-la-crevette, sortons les vieux surnoms de derrière les fagots, youhou).

Mathilde, qui se dit que c'est bien beau de disserter sur les réunions d'anciens élèves, mais qui se dit surtout qu'après un ou deux mojitos-champagne elle va finir par rouler sous la table en riant comme un zébu (je ne sais pas comment rit un zébu mais un peu d'imagination, diantre!).

Listening:

"Great DJ" des Ting Tings (J'ADORE J'ADORE J'ADOOOOOORE!)